Cinq questions, huit pianistes : 40 visions distinctes

Ces derniers mois ont vu la sortie de nombreux projets discographiques provenant de pianistes de jazz d’horizons différents. Des albums pour la plupart conçus pendant le confinement et qui ont pu être peaufinés pendant ces derniers mois. Sur notre numéro #356, actuellement en kiosque mais aussi disponible sur notre site, nous avons tout d’abord présenté l’interview croisée de Ray Lema et Laurent de Wilde, puis dans un deuxième temps nous avons questionné huit autres pianistes sur leur manière d’aborder leur instrument et sur leur rapport au jazz. En raison de la masse de réponses, nous avons dû scinder ces entretiens en deux parties dont la première, sur leur relation au piano se trouve imprimée sur le magazine, et la seconde, sur leur vision du jazz contemporain, est à retrouver ci-dessous.
Propos recueillis par Thierry Demougin

KR : À la suite des différents courants qui ont préexistés dans le jazz (new-orleans, be-bop, swing, free-jazz, acid jazz…) est-ce que d’après vous, le genre se renouvelle aujourd’hui et si oui, en quoi ?

Florent Pellissier : Oui, mais disons que je ne vois pas de réel nouveau courant se créer à part quelques tentatives un peu intéressantes, comme le mouvement death jazz au japon avec la formation Soil and « Pimps » Session. Je trouve la nouvelle scène anglaise très rafraîchissante, mais les codes utilisés sont effectivement un remplissage des cartes existantes, soit du hard bop, des rythmes africains, un soupçon d’acid jazz mais avec un son plus joli, plus acoustique. Mais surtout on retrouve cette volonté de faire danser avec de la musique live improvisée, ce que le jazz avait laissé de côté depuis des décennies.
Julien Brunetaud : Bien sûr, je pense que le jazz est en perpétuelle évolution. En dehors des courants dont vous parlez et qui existent toujours, on peut entendre des productions de jeunes musiciens de plus en plus doués. Il existe bien aujourd’hui de nouveaux courants mélangeant une musique issue de différentes cultures. Un jazz très mixé. Les ponts entre les styles se font beaucoup. Pop jazz, électro jazz, classique jazz, afro jazz, jazz blues… ce dernier que j’affectionne particulièrement. La liste est infinie et elle n’est pas près de s’arrêter.
Laurent Coulondre : Le genre est en constante évolution ! Aujourd’hui et grâce, ou à cause, d’internet nous avons accès à quasiment tout en un clic. Ce qui fait que l’on peut découvrir une multitude de cultures et d’influences provenant du monde entier, donc plus on avance dans le temps et plus les musiciens sont baignés de sources différentes. Toutefois globalement, je dirais qu’il y a peut-être aujourd’hui une petite baisse de l’influence du swing et du jazz traditionnel pour laisser la place à des choses un peu plus électriques et électroniques. Ce sont des modes. Bientôt nous verrons certainement passer autre chose ! Ça bouge tellement vite… En tout cas il y a de plus en plus de magnifiques artistes et ils sont de plus en plus jeunes et cela, ça dynamise l’art, c’est sûr !
Nicolas Cante : Pour pouvoir répondre il faudrait déjà être d’accord sur le terme « jazz » ! Est-ce que l’album Tutu de Miles Davis est toujours du jazz ? Certains diront bien sûr quand d’autres ne répondront certainement pas ! Depuis pas mal d’années, on retrouve des sonorités jazz dans tous les nouveaux styles de musique. Ce qui est intéressant c’est que le jazz irrigue la pop, le hip-hop, les musiques électroniques, les musiques expérimentales… et que lui-même se nourrit de ces styles. Le son évolue, la technique musicale aussi, de là à dire que le genre se renouvelle, je ne pense pas. Ce n’est pas parce qu’on pose un « sax jazzy » sur un beat house que ça devient du nouveau jazz. C’est pour cela que les puristes diront que dans les gros festivals de jazz, si on enlève Wynton Marsalis, Kenny Barron ou Ahmad Jamal… alors il n’y a plus de jazz. C’est un peu radical mais je suis assez d’accord avec cette analyse, même si j’adore écouter Brad Mehldau qui joue du Monk, puis du Radiohead, ou The Bad Plus qui reprend du Aphex Twin.
Nik Bärtsh : Depuis le XIXe siècle, les styles ne se renouvellent pas mais se ramifient. Il y a de plus en plus de branches latérales dans les courants de la musique. Je trouve cela passionnant, car il n’y a plus de vérité stylistique, mais davantage de possibilités. Chacun est responsable de l’évolution durable de sa propre musique.
Sophia Domancich : Je pense que le jazz ne se renouvelle pas, mais qu’il évolue. C’est une musique qui se transforme en fonction de l’environnement, qu’elle soit musicale ou sociétale, et qui reflète le monde tel qu’il est aujourd’hui, en évolution constante.
Thierry Maillard : Pour moi le genre ne se renouvelle absolument pas, bien au contraire, le jazz aujourd’hui et notamment celui de la jeune génération qui vient des écoles de jazz ou des conservatoires, qui n’existaient pas à leurs époques de création, ne donne aujourd’hui qu’une pâle copie des différents styles apprit dans leurs cours. Du coup, la proposition artistique et la créativité sont malheureusement sans odeurs ni saveurs. Je me rappelle à l’époque, où l’on parlait beaucoup de la Berkeley Jazz School, beaucoup de pianistes de ma génération n’y étaient pas allés car à la sortie de cette école, tout le monde jouait super bien mais tous se ressemblaient. Car ce n’est pas dans une école que l’on apprend à se connaître avec sa propre personnalité.
Tony Paeleman : Je pense aussi qu’il est en constante évolution. Il se nourrit sans cesse de toute son histoire et chaque musicien de jazz va puiser à sa manière dans ces différents courants et va les assimiler, les mélanger avec d’autres styles musicaux pour créer quelque chose d’unique. Je me pose souvent la question de savoir ce qu’est le jazz aujourd’hui. Il n’y a pas « une » réponse mais il me semble que le point commun dans toutes les époques c’est l’improvisation et la liberté de pouvoir « prendre la parole » avec son instrument. C’est quand même une caractéristique propre à ce genre il me semble.

Le jazz est considéré comme une musique complexe. Pour un jeune pianiste, quelle méthode selon vous serait la plus efficace pour son apprentissage ?

Florent Pellissier : Aujourd’hui, c’est tellement simple avec YouTube, d’abord écouter de la musique dans le style, les disques de Blue Note avec Herbie Hancock, Donald Byrd, Wayne Shorter… De belles musiques et pas trop difficiles d’accès. Et peu à peu, se mettre à relever des solos. Aujourd’hui on a la possibilité de ralentir le tempo des vidéos sans changer le pitch. C’est un outil dévastateur pour qui veut savoir jouer vite et bien tout de suite, il n’y a qu’à voir le nombre de gamins qui déchirent sur les réseaux !
Julien Brunetaud : Commencer par les origines du jazz, comme le blues peut être très intéressant. Même si le blues n’est pas forcément simple à jouer, il est simple à comprendre et à appréhender. Il est possible de se faire plaisir sur un morceau entier avec une seule gamme de façon très intuitive. C’est une façon idéale d’aborder l’improvisation. Le plus efficace restant je pense d’essayer de reproduire sur son instrument un bout de morceaux que l’on aime. Donc écouter forcément beaucoup de musique
Laurent Coulondre : Le Jazz c’est la liberté ! Mais en effet pour être libre c’est plus facile de connaître les codes de la société, en l’occurrence ceux du jazz. L’oreille et le rythme, ce sont les plus importants selon moi ! Déjà il faut commencer par écouter beaucoup de jazz ! Et pourquoi ne pas jouer des blues, c’est vraiment sympa ! Je conseillerais également de jouer un peu de batterie ça peut vraiment aider à ressentir le swing ! Ensuite bien sûr, il n’y a pas de secrets. Il faut travailler, travailler et travailler. Après ce que je trouve cool, et ce qui m’a aidé quand j’étais jeune, c’est de toujours s’accorder des moments d’improvisation totale, et pour ça on n’a pas besoin de savoir grand-chose. Simplement jouer des sons, des rythmes qui font plaisir à notre oreille ! Et plus vous allez écouter de jazz, plus votre oreille va vous amener vers des choses un peu plus raffinées.
Nicolas Cante : Je viens de la vieille école ou l’apprentissage passait par l’écoute : repiquer les solos de Chet Baker, ou un peu plus laborieux, de Oscar Peterson, c’est la base. Essayer de se rapprocher au maximum de leur jeu, de leur phrasé est une excellente manière d’apprendre. Maintenant on trouve sur YouTube (qui n’existait pas à l’époque) beaucoup de transcriptions de solos de grands musiciens, c’est plus rapide, plus simple, et quand je vois la virtuosité des jeunes musiciens je me dis que ça semble être efficace comme méthode !
Nik Bärtsh : Vous devez d’abord apprendre à écouter attentivement. La formation à l’écoute est la chose la plus importante. Ensuite, vous devez entraîner votre conscience car le jazz est l’art de combiner trois rôles : improvisateur, compositeur et interprète. Un jeune musicien doit donc découvrir quels sont ces rôles pour lui. Les styles de jazz peuvent bien sûr être pratiqués et appris comme toute autre musique, mais vous devrez trouver votre propre attitude à son égard. Et cette attitude, nous la trouvons mieux lorsque nous jouons régulièrement de manière intensive avec d’autres dans des groupes.
Sophia Domancich : Le jazz une musique complexe ? Il ne l’est pas plus que beaucoup d’autres. Pour moi, le meilleur des apprentissages est de beaucoup en écouter, ce qui suppose d’en avoir envie, et de vouloir en jouer. La curiosité et le besoin d’évolution feront une grosse part du reste.
Thierry Maillard : Mon expérience personnelle a été de commencer par la musique classique et la composition à l’école normale de musique. Le jazz n’a été qu’une imprégnation quotidienne par l’écoute. J’ai passé mes journées à écouter Bill Evans, Keith Jarret ou encore Chick Corea. Je pense que c’est le temps qui permet, avec les influences de chacun, de trouver sa voie. Et cette voie ne se découvre pas dans une école qui est néanmoins indispensable pour apprendre la théorie et le perfectionnement de beaucoup de choses. Avant que toutes ces écoles apparaissent, la créativité et la proposition des styles étaient fleurissantes. Aujourd’hui tout est réduit à un courant commercial malheureusement accru par les médias et les agences d’artistes qui ne donnent pas beaucoup de choix aux musiciens pour exister !
Tony Paeleman : Difficile de répondre à cette question. Cela peut être très différent d’un jeune à un autre. Ça peut se faire par l’apprentissage du classique dans une école ou un conservatoire qui se transforme vers le jazz à l’adolescence comme cela a été mon cas, mais pour certains, on peut commencer directement par le jazz. L’inconvénient est de devoir apprendre en même temps à maîtriser techniquement son instrument ET d’apprendre le vocabulaire et le langage unique du jazz.
En tout cas je pense que la méthode la plus efficace et la plus utilisée pour cette musique est de « relever », c’est-à-dire jouer en même temps que le disque et si possible par cœur, les musiciens qui ont façonné ce style, notamment pour les solos. C’est en copiant les maîtres et en étudiant ce qu’on aime chez eux qu’on peut ensuite trouver son propre style qui sera un mélange unique de toutes ses influences.

Qu’est-ce que l’improvisation ? Une succession de « plans » ou une réelle liberté ?

Florent Pellissier : Étrange question, qui contient sa propre réponse. L’improvisation c’est comme un arbre géant qui pousse à l’envers sous une rivière de femmes nues qui n’en ont pas l’air, quelques nuages se retiennent de rire sous l’influence de l’alcool qu’ils lèchent sur les toits brûlants !
Julien Brunetaud : C’est plutôt une réelle liberté qu’une succession de plans. Maintenant pour acquérir cette liberté, cela nécessite de comprendre et de bien intégrer de nombreux « plans », des gammes, des successions d’accords, apprendre des mélodies et les grilles des morceaux par cœur. L’improvisation est une sorte d’art de vivre, avec un parcours d’apprentissage semé d’embûches où l’objectif final serait la liberté.
Laurent Coulondre : Les deux ! En effet, l’improvisation selon moi c’est l’art d’exprimer une émotion dans un cadre défini, ou non d’ailleurs, mais à un instant T. Donc forcément plus on connaît de plans, plus on va pouvoir les contourner pour en créer de nouveaux qui seront plus « originaux » ou en tout cas plus personnels.
Nicolas Cante : C’est pour moi un discours, il faut apprendre les mots, les phrases, les codes pour pouvoir dialoguer avec les autres musiciens. Même les musiques dites « improvisées » sont bourrées de codes et de plans. Si tu n’as pas le discours jazz, ça va être difficile d’improviser avec d’autres jazzmans, mais le jazz n’a pas le monopole de l’improvisation. Un musicien qui n’a pas le discours « jazz » pourra faire de magnifiques improvisations dans le langage musical qui est le sien. Au plus on maîtrisera de langues musicales, au plus on sera libre dans l’improvisation et notre parole pourra toucher beaucoup plus de monde.
Nik Bärtsh : Il s’agit d’une auto-transgression intelligente et pleine d’autodérision. Tu dois être plus malin que toi. Vous devez transcender vos connaissances. En terme moins métaphysique, on cherche la liberté dans le plan.
Sophia Domancich : Ni l’un ni l’autre. Ça ne doit évidemment pas être une succession de « plans », mais on ne peut vraiment pas parler de réelle liberté, en tous les cas pour ce qui est du solo. Quand on improvise, beaucoup de contraintes dirigent la musique. Elle doit avoir du sens, du contenu, et doit toujours être cohérente. C’est en amont que l’on travaille ces contraintes, pour ensuite pouvoir les oublier et se laisser guider par l’instant.
Thierry Maillard : Vaste débat en effet. Tout dépend de quelle musique on parle ! Dans la musique classique l’improvisation existait déjà beaucoup au XVIIe et XVIIIe siècles et faisait preuve d’une grande liberté. Dans le jazz, les courant successifs ont créé des genres d’improvisation différents. Le free-jazz dans les années 70 amenait les musiciens à improviser totalement librement. Dans le jazz binaire et ternaire en revanche on retrouve plus de « plans ». Tout cela dépend de chacun, et je n’ai jamais cru que l’on pouvait être bon dans tous les domaines. Apprendre à maîtriser tous les styles de jazz ne permet pas de développer sa propre identité.
Tony Paeleman : Vaste question. Non, vraiment pas une succession de plans selon moi. Je compare souvent l’improvisation à une nouvelle langue qu’on apprendrait. Il faut d’abord connaître l’alphabet, puis la manière de le prononcer, puis l’association de mots simples et après plus compliqués. Enfin la syntaxe et le sens font que l’on peut parler et raconter ce que l’on veut. C’est pareil en musique. Les « plans » sont des formules de notes (comme les mots) qui reviennent plus ou moins de façon récurrente chez un musicien de jazz. Tous les plus grands musiciens ont leurs plans, mais qui sont uniques et personnels. C’est une façon de s’exprimer. Ce qui est dommage c’est de répéter 50 ans après les mêmes phrases exactes qu’untel ou untel a utilisées sans chercher à trouver son propre langage. En résumé, il faut copier pour mieux créer.

Comment développez-vous le sens du rythme, celui du groove ?

Florent Pellissier : Il suffit d’écouter les détenteurs de ce savoir spécifique, à savoir les percussionnistes et les batteurs et si possible en devenir un soi-même.
Julien Brunetaud : En écoutant et en acceptant mon désir de jouer. En essayant de danser avec le piano. Surtout, ne pas rester bloqué par des soucis trop techniques et théoriques mais aller à l’essentiel, faire sonner la basse ou juste quelques notes tout en répétant de petites séquences. Essayer de créer un lien étroit entre l’oreille et le toucher.
Laurent Coulondre : La batterie c’est l’une des clefs ! Ensuite il faut « vivre le rythme ». Je pense que le mieux est d’essayer d’associer le travail du rythme à la vie quotidienne. Ainsi dans la rue on peut essayer de marcher en rythme sur une métrique et puis jouer une autre dans sa tête ou simplement en tapant sur sa jambe. Aux toilettes au lieu de regarder Instagram on peut très bien faire un pied / main en indépendance. C’est cool aussi en plus du métronome de passer du temps avec un clic dans les oreilles même quand on ne joue pas. Le groove c’est vraiment l’art de se placer dans l’espace et le temps. Donc pour ça, il faut arriver à contrôler au mieux l’espace dans lequel on évolue !
Nicolas Cante : Encore l’écoute des grands musiciens, pianistes ou batteurs. Un travail régulier au métronome. La curiosité et la pratique d’autres styles musicaux qui nous sont plus lointains comme les musiques latines, africaines, orientales… Histoire de se nourrir de rythmiques qui ne sont pas naturelles à notre culture musicale.
Nik Bärtsh : Vous devez développer une sensibilité pour le temps, l’espace, l’interaction, l’équilibre physique, le flow, la dramaturgie et l’énergie cinétique. Tout comme un bon danseur ou un artiste martial. Tempo, temps, timing : Où est quoi, pourquoi ? Vous devez vous entraîner à lâcher prise.
Sophia Domancich : Les grooves sont multiples et les manières de « groover » aussi. Il faut danser, aller avec… Il faut habituer le corps à bouger et à ressentir.
Thierry Maillard : Après des études classiques où l’on ne parle pas forcément de groove, j’ai développé mon sens du rythme dans la musique jazz binaire, par l’écoute acharnée de groupes mythiques comme Mahavishnu Orchestra, Magma, Chick Corea Elecktric Band et bien d’autres. Une époque foisonnante en matière de créativité. Et bien sûr par la pratique, avec si possible de grands « groovers » comme John Patitucci ou Dennis Chambers…
Tony Paeleman : Pour commencer, en s’aidant d’un métronome pour apprendre et sentir la régularité, la précision et le placement rythmique. Par la suite, je vais me répéter, mais il faut jouer sur des disques que l’on aime dans différents styles et essayer d’être dans le même groove que celui qui est joué. On peut le faire sur un solo d’Oscar Peterson ou d’Herbie Hancock mais on peut aussi le faire sur des accompagnements pour mieux comprendre comment « balance » une musique. Jouer un riff de Led Zep, ou un accompagnement de guitare de Bob Marley, ou même chanter le groove de batterie d’un disque de Tony Allen ou la ligne de basse d’un Earth Wind & Fire. Voilà de bons moyens je pense pour affiner sa perception du groove et mieux la ressentir pour soi-même. Il y a presque autant de grooves que de musiciens, même s’il y a de grandes familles, donc il faut écouter, écouter, écouter !

Quels sont pour vous, les éléments à privilégier quand on mixe un trio de jazz (piano, contrebasse, batterie) ?

Florent Pellissier : Rester le plus proche du son d’origine, acoustique, faire une sorte de mise à plat améliorée, être dans la retenue d’utilisation de périphériques, un tout petit peu de reverb, du panoramique, un peu de suivi de volumes, c’est tout. Un ingé-son célèbre m’a dit un jour : « Je préfère les pâtes avec juste une goutte de très bonne huile d’olive ! ».
Julien Brunetaud : Garder le son naturel de chaque instrument, ne pas modifier la dynamique du trio. Trouver l’équilibre de la basse pour qu’elle soit bien présente sans empiéter sur les fréquences basses et médiums du piano plus difficiles à faire ressortir. Réussir à garder un spectre large pour le piano car cet instrument est constitué de nuances très subtiles. Pour notre dernier album Benjamin Rando du Studio Eole a fait un superbe travail.
Nicolas Cante : Avant tout savoir quel son de trio on désire. Plutôt Money Jungle de Duke Ellington ou bien Keith Jarrett Trio chez ECM ? Pour la technique, je laisse faire les pros, mes ingénieurs du son !
Nik Bärtsh : Fusionner les instruments. Le son du groupe doit être plus important que les instruments individuels. Trouver le juste équilibre entre la transparence de l’espace sonore et la résonance commune des instruments est du grand art. Clarté et mystère.
Sophia Domancich :
Tout dépend la forme de musique jouée par ce trio… Pour ma part, lorsque j’enregistre dans cette formule, je trouve essentiel de ne pas lisser la musique. Il est important de respecter les timbres et les intentions de chacun, et de mettre en valeur le son d’ensemble, la dynamique et l’énergie qui ont été jouées.
Thierry Maillard : L’espace sonore. Et surtout respecter l’instrument tel qu’il sonne au naturel.
Tony Paeleman : C’est une formule où tous les instruments s’équilibrent, c’est un triangle avec des forces qui doivent créer une balance avec la précision et la rondeur de la contrebasse, l’attaque et l’air qu’apportent les cymbales dans la batterie. Mais attention au mélange entre la grosse caisse et la contrebasse qui ne doivent pas se marcher dessus, et à la richesse du timbre du piano, très plein dans tout le registre médium. Et surtout pas de règles, ça va vraiment dépendre du contexte musical et du style. Chacun des instruments peut prendre la parole à différents moments pour se relayer et créer un échange musical qui tient l’auditeur captif. Personnellement, j’aime les sons moelleux, pas trop agressifs et criards, donc j’aurais tendance à essayer de conserver toutes les fréquences qui permettent ça, sans pour autant être trop « gras » ou « boueux ».

En savoir plus

Florent Pellissier Quintet

Rio (Hot Casa Records)

facebook.com/florianpellissierquintet/

Julien Brunetaud Trio

Feels Like Home (Swing Alley)

julienbrunetaud.com

Laurent Coulondre

Michel on My Mind (New World Production)

laurent.coulondre.fr

Nicolas Cante / Mekanik Kantatik

Improvisium 2.1 (Kantatik Musik)

kantatik.net

Nik Bärtsch

Entendre (ECM / Universal)

nikbaertsch.com

Sophia Domancich

Le grand jour (PeeWee !)

facebook.com/sophia.domancich

Thierry Maillard Trio

Ballades (No Mad Music / PIAS)

thierrymaillard.com

Tony Paeleman

The Fuse (Tony Paeleman)

tonypaeleman.com

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