La biennale internationale du son fait résonner la mémoire du monde
Du 17 au 25 janvier 2026, Le Mans accueille la 4ᵉ édition de Le Mans Sonore, biennale internationale dédiée au son. Concerts, installations, art-science et recherches acoustiques composent un vaste laboratoire d’écoute autour du thème des « Résonances ». Par Thierry Demougin
Du 17 au 25 janvier 2026, la préfecture de la Sarthe va se transformer en territoire d’écoute et d’expérimentation avec le retour de Le Mans Sonore, biennale internationale du son créée en 2019. À la croisée de la création artistique, de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, l’événement s’est imposé comme un rendez-vous majeur, aussi bien pour le grand public que pour les professionnels du secteur acoustique.
Pensée comme une vitrine de l’écosystème sonore manceau — la biennale s’inscrit dans l’ambition affirmée de faire du Mans une Capitale du Son. Elle fédère artistes, chercheurs, ingénieurs, pédagogues et publics autour d’une expérience sensible, immersive et réflexive du phénomène sonore.

« Que devient un son lorsqu’il disparaît ? Comment sa vibration traverse-t-elle le temps, l’espace et nos mémoires ? »
Les « Résonances » comme fil conducteur
Pour cette quatrième édition, Philippe Langlois, commissaire général de Le Mans Sonore, place la programmation sous le signe des « Résonances ». Une notion envisagée à la fois comme trace, mémoire et projection : ce qui demeure d’un son après sa disparition, ce qu’il imprime en nous, et ce qu’il façonne dans nos imaginaires.
- La biennale explore ainsi plusieurs dimensions complémentaires
- Les résonances ancestrales, notamment à travers la symbolique des cloches et du métal frappé ;
- Les résonances de l’autre, avec un dialogue privilégié avec la création sonore québécoise ;
- Les résonances du futur, interrogeant l’impact du numérique, du streaming et de l’intelligence artificielle sur l’écoute ;
- Et enfin les résonances intimes et sensorielles, invitant à une expérience profonde, émotionnelle et incarnée du son.
Une ville transformée en laboratoire sonore
Pendant dix jours, plus de 150 rendez-vous se déroulent dans toute la ville, faisant de Le Mans un vaste terrain d’expérimentation sonore. La biennale s’appuie sur un collectif de dix partenaires structurants issus de la culture, de la recherche, de la formation et de l’innovation, réunis autour du Pôle Son Manceau.
Temps fort de cette édition 2026, la réinstallation du dôme sonore au sein de l’ITEMM marque le retour de la première structure au monde entièrement dédiée au son immersif. Véritable outil de création et de diffusion, il offrira aux artistes un espace d’expérimentation exceptionnel, mêlant son spatialisé, architecture et mapping, et accueillera plusieurs premières mondiales.
L’événement est également marqué par des partenariats majeurs, avec la reconduction de Radio France en tant que partenaire premium — notamment pour la co-programmation sous le dôme et le concours international de design sonore — et l’arrivée de l’IRCAM comme partenaire privilégié, renforçant les liens entre musique, science et innovation.
Une programmation plurielle et immersive
Fidèle à son ADN, Le Mans Sonore 2026 propose une programmation éclectique et transversale, pensée comme une exploration globale du son :
- Concerts et performances musicales, dont plusieurs en son spatialisé.
- Installations sonores et parcours d’expositions dans l’espace urbain.
- Projections de cinéma en lien avec la création sonore et l’électroacoustique.
- Créations art-science associées aux dernières recherches acoustiques.
- Colloques, journées d’études et conférences réunissant artistes, chercheurs et experts.
- Concours international de design sonore, en partenariat avec Radio France.
- Ateliers de médiation et de découverte, notamment pour le jeune public.
- Parcours scientifiques autour des métiers et innovations du son.
- Rue du Son, espace festif, participatif et déambulatoire au cœur de la ville.
Des artistes au cœur de lieux emblématiques

La programmation musicale de Le Mans Sonore 2026 réunit des artistes issus des scènes expérimentales, électroacoustiques, contemporaines et hybrides, invités à concevoir des propositions en résonance directe avec les espaces qui les accueillent. Les concerts se déploient dans plusieurs lieux emblématiques du territoire manceau, du dôme sonore installé à l’ITEMM, véritable épicentre des expériences immersives en son spatialisé, aux salles de diffusion partenaires comme les équipements culturels et scènes de musiques actuelles de la ville.
- 18 janvier > Édouard Ferlet avec son projet PIANOÏD [XP]³ au Dôme Sonore de l’ITEMM
- 21 janvier > Canblaster à l’Almacoustic
- 22 janvier > DeLaurentis Live 360 + Hervé Déjardin [Radio France] au Dôme Sonore de l’ITEMM
- 23 janvier > Joachim Garraud au Dôme Sonore de l’ITEMM
- 24 janvier > Kompromat + Clark + David Shaw And The Beat au Forum
- 24 janvier > Tigerhead + Neon Graveyard b2b Roüge + Bours? + Crime Partners à l’Oasis
- 25 janvier > Adrien Pallot à l’Almacoustic
Une identité visuelle née de la transmission

L’édition 2026 se distingue également par son identité visuelle, conçue dans un cadre pédagogique à l’École supérieure d’art et de design du Mans. Le visuel retenu, imaginé par Antonia Krappe, étudiante en design graphique, met en scène un cœur — symbole des résonances physiologiques et émotionnelles du son — affirmant le lien profond entre perception, mémoire et humanité.
Interview de Philippe Langlois, commissaire général de Le Mans Sonore et directeur de la pédagogie et de la documentation à l’IRCAM
Keyboards : La notion de « Résonances » traverse toute cette édition 2026. Comment ce thème s’est-il imposé, et que vous permet-il de raconter aujourd’hui sur notre rapport contemporain au son et à la mémoire auditive ?

Philippe Langlois : Le thème « Résonances » est bien antérieur à ma nomination à cette biennale. C’est un terme pratique car il peut s’appliquer à presque tout phénomène sonore. Pourtant, ce qui m’a plu, c’est qu’au-delà de la référence au contexte acoustique, la notion de résonance est aussi une manière d’être dans la relation à autrui et au monde telle que récemment théorisée par le sociologue et philosophe allemand Hartmut Rosa. La crise actuelle de notre société, en perpétuelle accélération, est une crise de la résonance qui nous rejette vers l’isolement et le repli sur soi-même. Aussi la biennale agit comme un rituel capable de produire une communauté en résonance. De manière plus prosaïque, la résonance s’est traduite, à différents niveaux, en filigrane dans la programmation, à travers le son du métal frappé, celui des cloches, omniprésent dans notre civilisation depuis l’âge du bronze, comme un guide et un ciment pour unir l’ensemble des propositions qui composent cette biennale.
Le Mans Sonore se situe à la croisée de l’art, de la science et de l’innovation.
En tant que commissaire, comment construisez-vous l’équilibre entre l’exigence artistique, la recherche scientifique et l’accessibilité au grand public ?
L’équilibre se fait en pensant l’accessibilité non pas comme une réduction de l’exigence, mais comme une qualité de l’expérience. L’art ouvre l’écoute, la recherche éclaire et la médiation crée les conditions de la rencontre et de la connaissance.
Le retour du dôme sonore à l’ITEMM constitue l’un des temps forts de cette édition.
Qu’est-ce que ce dispositif change concrètement dans la manière de penser la composition, l’écoute et la relation au public ?
Cette nouvelle salle de concert de 400 places, installée définitivement sur le campus de l’ITEMM, repose sur le principe d’écoute immersive dans un dôme hémisphérique composé de 25 haut-parleurs, proposant non seulement une écoute proche de la perception sonore en milieu naturel, et non plus juste frontale comme dans la plupart des salles de concert traditionnelles. De surcroît, elle offre aussi, et surtout, la possibilité aux créateurs de composer l’espace et d’organiser la localisation des sources comme un paramètre à part entière de la composition musicale, au même titre que l’organisation des hauteurs, des durées, des timbres et de l’intensité.
Vous avez invité des artistes à concevoir des œuvres en dialogue étroit avec les lieux. En quoi l’espace, l’architecture et le contexte acoustique influencent-ils, selon vous, la création sonore contemporaine ?
Ce que nous tentons de faire avec des créations dans le dôme immersif, avec le gyrophone installé aux Quinconces ou dans la chambre semi-anéchoïque d’Almacoustic, la plus grande d’Europe où la perception du son est redoutable de précision avec un système en quadriphonie tout autour du public, et où le public est lui-même assis sur des praticables équipés de transducteurs où les basses fréquences sont ressenties non pas seulement par les oreilles mais à travers le corps tout entier est de chercher à faire vivre une expérience sensorielle nouvelle. C’est aussi l’un des enjeux de cette biennale au Mans : proposer des systèmes d’écoute dans des espaces atypiques où les artistes peuvent confronter leurs créations à des conditions de diffusion inédites, ouvrant des espaces de création.
À l’heure des intelligences artificielles, du streaming et de la saturation sonore, quels futurs de l’écoute souhaitez-vous interroger — ou peut-être réinventer — à travers Le Mans Sonore 2026 ?
Les innovations technologiques seules n’ont jamais fait l’originalité d’une œuvre. Ce n’est pas la nouveauté en soi qui est intéressante, mais la manière dont l’usage de la technologie permet d’étendre les possibilités d’expression afin de relayer le regard de l’artiste sur son art et sur notre société. Ces enjeux dépassent bien évidemment le cadre de cette biennale pour irriguer l’ensemble de la création contemporaine au-delà de la création sonore et de la musique.



